BIP : grosses pertes, petits profits
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C’est une lapalissade. Le Cameroun est encore un pays sous-développé, c’est-à-dire sous-équipé. Le pays n’a pas suffisamment de routes, d’hôpitaux, d’adductions d’eau potable, d’ouvrages de production d’électricité, d’écoles primaires, de collèges et de lycées, d’universités, de centres de formation et de recherche de haut niveau, etc. La construction de ces infrastructures incombe, pour l’essentiel, à l’Etat. Pour ce faire, celui-ci dispose d’un instrument : le budget d’investissement public (BIP). Son exécution, si elle était satisfaisante, au fil des années, devrait permettre de combler progressivement le retard qu’accuse le pays dans de nombreux domaines. Seulement, voilà. Depuis plusieurs années, la mauvaise exécution du BIP est décriée.
A l’Assemblée nationale, au cours de la longue séance plénière de lundi à mardi dernier, le sujet a à nouveau déchaîné les passions. A maintes reprises, des députés ont interpellé le ministre des Finances, Essimi Menye, sur les causes de la sous-consommation des crédits destinés à l’investissement public, alors même qu’on note un taux d’exécution plutôt satisfaisant du budget de fonctionnement. C’était à l’occasion de la discussion générale relative au projet de loi de règlement de l’exercice budgétaire 2007. Il ressort justement du Rapport de la commission des Finances et du Budget de l’Assemblée Nationale ,que le taux d’exécution des dépenses s’élève à 76,8% du budget prévisionnel. Cette situation, a-t-on appris, est induite par la consommation insuffisante des budgets affectés à la réalisation d’investissements dans les secteurs prioritaires de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et des infrastructures. Toutes choses qui expliquent en grande partie le recul du taux de croissance du PIB non pétrolier. En effet, en 2007, ce dernier n’a été que de 3,4%, sur une projection de 4%. Sous ce rapport, les commissaires ont recommandé au gouvernement de tout mettre en œuvre pour inverser la tendance et palier les insuffisances observées sur le terrain.
Quelques jours auparavant, des faits et des chiffres peu flatteurs ont été exposés pendant la tournée régionale du ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, Siegfried David Etame Massoma. Juste un cas à titre d’illustration. A en croire l’un de nos correspondants à Maroua, le 19 novembre 2008, au cours de la séance de travail qu’il a eue à son arrivée à Maroua avec les ordonnateurs et autres gestionnaires de crédits de l’Etat, le ministre a attiré leur attention sur de nombreuses irrégularités constatées dans l’exécution des marchés publics. Selon notre reporter, le ministre a déclaré que sur un ensemble de 2656 projets identifiés par ses collaborateurs et qui ont été exécutés entre 2002 et 2007, près de 90% ne respectent pas les règles de l’art. Une situation qui, d’après le ministre, prouve que la chaîne des marchés publics souffre de nombreux dysfonctionnements. Notre source indique que le ministre a tenu à égrener quelques-uns, notamment la procédure de passation des marchés publics qui est lourde, l’immixtion des maîtres d’ouvrages délégués, la surfacturation, la réception des marchés non achevés ou mal exécutés, et l’incompétence de certains entrepreneurs. Des incongruités qui aboutissent fatalement à des malfaçons. Le ministre a annoncé l’imminence des lettres de renseignements qui seront adressées aux présumés coupables des malversations des biens de l’Etat. Il ne s’agira pas déjà de leur infliger une quelconque sanction, a-t-il précisé, mais il sera question de recueillir d’eux, des renseignements utiles pouvant permettre de mieux appréhender leur gestion de la chose publique.
Dans ce dossier, nous faisons un état des lieux de l’exécution du BIP dans quelques provinces. L’accent est également mis sur les efforts faits du gouvernement visant à assainir la chaîne d’exécution du BIP, afin que les projets financés soient effectivement réalisés.
Rousseau-Joël FOUTE

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